Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 15:35

Musée des Abattoirs - TOULOUSE

Du 20 novembre 2009 au 28 février 2010

Visite du 3 janvier 2010
abattoirs 52


Miquel Barceló naît le 8 janvier 1957 à Felanitx, dans l’île de Majorque. Il s’initie dès l’enfance à la peinture grâce à sa mère, elle-même artiste dans la tradition des peintres paysagistes de Majorque.

A l’âge de 17 ans, Barceló se rend pour la première fois à Paris, voyage qui lui permettra de découvrir dans l’exposition Jean Paulhan à travers ses peintres, à côté des oeuvres de Paul Klee, Fautrier, Wols et Dubuffet, les travaux de l’Art brut qui l’impressionneront profondément.

A partir de 1976, Barceló prend part, au sein du groupe Taller Llunàtic, à des happenings et des actions de protestation contre la situation politique espagnole et le panorama artistique officiel.

Sous le titre de Cadaverina 15 a lieu, en 1976, la première présentation du travail de Barceló dans un musée, celui de Palma de Majorque où il présente 225 boîtes de bois contenant des matières organiques en décomposition.

Ses expériences d’alors l’amènent à utiliser de grandes quantités de peintures sur ses toiles qu’il expose par la suite à l’air libre et aux intempéries, recherchant ainsi les réactions spontanées d’oxydations, salissures et craquelures. Il combine les matériaux traditionnels avec des éléments organiques divers.

1982 marquera une date décisive : ses oeuvres sont remarquées par Rudi Fuchs qui l’invite, l’année suivante, à La Documenta 7 de Kassel ; il sera l’unique artiste espagnol de cette exposition qui lui confèrera, à 25 ans seulement, une dimension internationale : projets et expositions ne cesseront dès lors de se succéder dans les plus grands musées internationaux.

 

C’est également en 1982 qu’aura lieu à Toulouse, la première exposition personnelle de Miquel Barceló hors d’Espagne, à la galerie Axe Art Actuel.

 

En 1988, Miquel Barceló découvre l’Afrique qui marque un tournant dans son inspiration : il travaille principalement sur papier, utilisant les pigments locaux et les sédiments fluviaux. Il expérimente l’utilisation de matériaux les plus divers (boue, terre, cendre, sable, pigments naturels, crânes d’animaux). De retour en Europe, il ne cessera alors de se partager entre Paris, Majorque et le Mali.

Paysages et mirages du désert deviennent des thèmes récurrents dans son oeuvre.

C’est d’ailleurs en Afrique qu’il va s’initier à la terre cuite en utilisant les techniques locales : la céramique va alors occuper une place prépondérante dans son travail. Parallèlement, il réalise dès 1997 de grandes pièces qui seront coulées en bronze.

A partir de 2000, Miquel Barceló amorcera son travail destiné à la Chapelle Saint Pierre de la Cathédrale de Majorque, un des monuments les plus emblématiques de l’île, datant de 1350. Ce projet monumental lui demandera sept années de travail et sera inauguré le 2 février 2007 : la chapelle Saint Pierre est désormais recouverte d’une seconde peau de céramique de 300 m (150 tonnes d’argile et 2 tonnes d’émaux auront été utilisées) de laquelle émerge une profusion de formes multiples, inspirées du chapitre VI de l’Evangile de Saint Jean : l’épisode de la multiplication des pains et des poissons. Cinq vitraux de 12 mètres de haut ont été réalisés dans les ateliers de Jean-Dominique Fleury à Toulouse.

Dans une autre réalisation monumentale, inaugurée le 18 novembre 2008, Barceló recouvre des centaines de mètres carrés du plafond du Palais de l’Organisation des Nations Unies de Genève.

Paso Doble, performance réalisée par Miquel Barceló et le chorégraphe Josef Nadj - donnée l’été 2006 en Avignon - met en jeu la confrontation des arts plastiques et de la scène : l’artiste répond au souhait du chorégraphe l’invitant à « rentrer dans le tableau ». Après Paris et New York, Toulouse accueille Paso Doble au Théâtre Garonne en 2008, avec la participation des Abattoirs.

De novembre 2009 à février 2010, les Abattoirs lui consacrent une importante exposition en coproduction avec la Fondation Joan Miró de Palma de Majorque et le Centre Arts Santa Monica de Barcelone.

 

Quelques œuvres de Barceló découvertes
dans cette exposition
 



abattoirs 24

 

Barcelo s'est représenté dans son atelier, il nous fait ainsi entrer dans son intimité

abattoirs 22



  abattoirs 18

Peinture sur céramique

abattoirs 16

Plusieurs thèmes reviennent de façon récurrente, ici on retrouve les animaux dans une position atypique 


 


D'autres œuvres de Barceló 

barcelo2
 .Cúpula de la Sala de los Derechos Humanos y de la Alianza de Civilizaciones de la ONU en Ginebra
barcelo1

Détail de la paroi de la Cathédrale de Palma de Majorque

barcelo3

Casón del Buen Retiro

Fotografía de Cristóbal Manuel publicada en El País el 5 de Diciembre de 2007

barcelo4

Asno – Bronce / 79 x 81 x 51 cm

 



En savoir plus sur Miquel Barceló :


Sur Wikipedia 

Sur son site officiel

 

Choix d'oeuvres d'artistes espagnols de la collection des Abattoirs

A l'occasion de l'exposition Barceló avant Barceló, les Abattoirs présentent également un choix d'œuvres d'artistes espagnols de ses collections. Ceux, glorieux, d'une génération antérieure aux années soixante-dix (Picasso, Dalí, Millares, Saura, Tàpies, Clavé, Arroyo) et ceux là même qui émergent au même moment que Miquel Barceló sur la scène artistique nationale, puis internationale à partir des années 80 (Campano, Broto, Llimos, Sicilia, Garcia Sevilla, Delgado, Plensa, Ràfols-Casamada). De plus, le Rideau de scène de Picasso, œuvre majeure de la collection, sera présenté aux côtés d'un autre rideau de scène, de Dalí cette fois-ci, et d'une installation de Jim Shaw.

 En 1939, L'Espagne est dévastée. Une sanglante guerre civile et deux dictatures militaires - dont celle du Général Franco qui durera 35 ans, font de l'Espagne un monde isolé dans l'histoire de l'art. La principale préoccupation du nouveau régime fut de recréer une identité nationale forte basée sur l'esprit phalangiste : catholicisme viril et triomphant, refus des libertés et oubli du passé proche. L'avant-garde artistique, représentée par Picasso, Dalí, Buñuel ou Miro, devient dès lors indésirable en Espagne, le franquisme lui préférant un "art du régime" ou à l'extrême limite une modernité plus "acceptable".

Malgré tout, des groupes résistants à la censure et à l'étouffement se constituent afin de prouver qu'il était possible de poursuivre la trajectoire avant-gardiste de l'avant-guerre. A Barcelone, Le mouvement Dau al Set (la " Septième Face du Dé "), d'inspiration surréaliste, constitue le premier signe de respiration artistique dans l'Espagne d'après-guerre. Ce groupe, fondé en 1948, voit l'émergence dans ses rangs d'Antoni Tàpies (né en 1923), qui deviendra une figure centrale de l'avant-garde de la deuxième moitié du vingtième siècle.

La Catalogne n'est pas la seule à s'insurger contre l'obscurantisme franquiste et Madrid se rebelle aussi dès 1957 avec la constitution du groupe El Paso (Le Pas) fondé par Antonio Saura et composé d'artistes tels Feito, Rivera ou Manolo Millares. El Paso se veut synonyme de rupture, expression d'une éthique artistique qui voudrait transformer la société en bouleversant les règles de l'art afin d'éduquer le peuple espagnol à de nouveaux langages.

L'art de cette génération d'artistes est caractérisé par la sévérité, le dépouillement, le dramatisme ancestral et les aspirations métaphysiques. De plus, la mutinerie de ces créateurs contre le régime franquiste, la "haine amoureuse" qu'ils éprouvent à l'égard de leur pays, reste une constante.

Mais après 40 ans de dictature, l'Espagne rompt enfin avec son passé ténébreux. Au début des années 80, Madrid, Barcelone, Séville, Valence connaissent une effervescence artistique insolite. En même temps que l'Espagne entre dans l'univers des démocraties européennes, la nouvelle génération d'artistes espagnols se découvre un dynamisme puissant et assumé. Cette génération ne s'embarrasse pas d'inutiles idées, de vaines prétentions, mais invente, dans l'intensité de l'image et de l'instant, une relation au monde faite de hâte et d'acharnement, comme si trop de temps avait été déjà perdu.

 

La peinture d'Edouardo Arroyo, né à Madrid en 1937, reprend l'imagerie populaire de son pays, notamment à travers la série de portraits de toreros qu'il réalise en 1963 et dont Bocanegra fait partie. Pour lui, les toreros sont un des symboles du régime franquiste, tourné vers des valeurs traditionalistes et nationalistes. C'est d'ailleurs Franco que l'on peut reconnaître dans la figure du torero exposé ici. Cette série d'œuvres, présentée à Madrid en 1963, fut immédiatement censurée par le régime franquiste. Arroyo quitte alors précipitamment son pays pour n'y revenir qu'à la mort du Caudillo.

 

abattoirs 38
Eduardo ARROYO – « Bocanegra » - 1963

SALLE 1

Influencé par l'art de Klee et de Miro, Manolo Millares (1926-1972) se met, dès 1955, à utiliser des fragments de tissu usés et rapiécés, collés sur des fonds de toiles raccommodées, comme dans Composicìon con texturas armonicas (1956). Son vocabulaire plastique évolue alors et il s'attache à laisser parler les matériaux eux-mêmes. Il impose la toile de jute et la serpillière comme support emblématique de son œuvre. Cuadro 33 (1957), Pintura n°2 (1960), Objeto (1960) et Cuadro 152 (1961) nous laissent apprécier sa pleine maturité. L'artiste utilise des morceaux de toile de jute qu'il tord, chiffonne, éventre pour ensuite les suturer grossièrement.



abattoirs 33


Le noir, le blanc et des touches de rouge accentuent encore les effets de torsions et d'assemblages qui confèrent à ses œuvres une tension dramatique qui, métaphoriquement, évoque les convulsions fébriles de la vie. La force de l'art de Millares réside dans sa densité, son surgissement, telle la manifestation douloureuse d'une présence muette et silencieuse. Cette matière torturée est aussi le support d'une idée qui traverse toute son œuvre et qui est celle de la figure et du corps, de l'"Homuncule" tel qu'il le nomme et dont le pendant français pourrait être les Otages de Fautrier. Il expérimente une nouvelle figuration où la figure se "dé-figure", se découvre un équilibre fragile, tel l'
Anthropofaune (1971) ou le Sin titulo (1971) dans lesquels tout est blanc et noir comme une tension entre la vie et la mort. Positif et négatif deviennent les deux fonctions d'une situation humaine et historique condamnée à l'irréductible.

Dès le début des années 50, après sa découverte de l'art "informel", Antoni Tàpies délaisse l'onirisme surréaliste et développe ses premières intuitions matiéristes. Toute l'originalité de son art se met alors en place et de savants mélanges de marbre pulvérisé, de terre, de sable, de latex et de peinture à l'huile viennent "informer" une matière qui devient instance d'apparition de l'esprit. A plus d'un titre, Ovale noir (1957) - exposé à l'étage du musée, Rose en relief (1959) apparaîssent comme de véritables objets de méditation, dans lequel la matière devient réflexive et le regard contemplatif, égaré dans un espace incertain, entre forme et figure.


SALLE 2

José Maria Sicilia (né en 1954) se rapproche avec Customagic n°2 (1983) des préoccupations de la Bad painting pour finalement atteindre une peinture abstraite qui, à l'image de Flor rojo B (1987), se concentre essentiellement sur la ligne, la forme, la géométrie de l'espace et la couleur, sans oublier la suavité de la matière.

Albert Ràfols-Casamada est né en 1923 et si sa peinture s'est fait connaître plus tard que celle de ses contemporains (comme Tàpies ou Saura) c'est sûrement parce qu'elle a conquis tardivement - dans les années 70 - sa pleine originalité. A l'image de Nausica (1983), Ràfols-Casamada pratique une peinture d'émotion, lyrique sans être expressionniste, construite sans être géométrique, sensuelle sans être matiériste.

La peinture de Miguel Angel Campano (né en 1948) doit autant à Cézanne et au cubisme, qu'à certains grands abstraits américains tels Gorky ou Motherwell. Fuego (1983-1984) en est un exemple éclatant.

Après avoir été un acteur important du mouvement conceptuel catalan, Ferrán Garcia Sevilla (né en 1949) plaide pour la peinture à partir des années 80. Dans La porte du ciel (1984), le peintre, avec une grande économie de moyens, crée un véritable univers personnel (qui n'est pas sans rappeler celui de Miró) dans lequel le rêve est souverain.

Sans titre (1983) de José-Manuel Broto (né en 1949) pourrait être qualifié de peinture "impressionniste-abstraite" tant ce paysage onirique s'avère mystérieux. Quelques cercles de peinture noire donnent naissance à une forme qui n'a pas d'autre nécessité que de mettre en valeur le bleu et ses moirures. Aucuns repères convaincants dans cet espace qui pourrait être tout autant en formation qu'en dispersion, juste une vision intérieure propice à la méditation.

Gallo Rojo (1983), peint par Robert Llimós (né en 1943), fonctionne à la manière des images surréalistes et de leur associations d'idées ou d'objets saugrenus. Nous butons sur ce fond peint comme sur un mur pour nous retrouver devant cette jeune fille candide aux couettes et ce coq mort.Dépouillée et frontale, cette œuvre dégage une sensation angoissante,entre solitude et absence.

Lit et couverture (1983) d'Antoni Tàpies évoque d'autres préoccupations que celle de la matière. L'artiste s'attache ici, tout en pratiquant une sacralisation des éléments de la vie quotidienne, à évoquer une période douloureuse de sa vie (son alitement entre 1942 et 43, suite à une crise cardiaque et une grave lésion pulmonaire).


abattoirs 42


 

Quelques œuvres espagnoles :

Pablo PICASSO, "La dépouille du Minotaure en costume d’arlequin"

Salvador DALI, "Le Tricorne"

Jim SHAW, "Labyrinth, I dreamed I was taller than Jonathan Borofsky"

 

Pablo PICASSO (1881-1973), "La dépouille du Minotaure en costume d’arlequin", mai-juillet 1936

barcelo5


En juin 1936, Picasso accepte de réaliser le rideau de scène pour le 14 juillet de Romain Rolland, pièce crée en 1902 et reprise au Théâtre du Peuple pour célébrer symboliquement le premier 14 juillet du Front Populaire.

Les délais très brefs de la commande ne lui permettent pas d’exécuter une œuvre originale et il décide d’agrandir une petite gouache rehaussée d’encre de chine, peinte le 28 mai 1936 : La dépouille du minotaure en costume d’arlequin.

Le rideau fut rapidement brossé dans la semaine précédant la première représentation, le 14 juillet 1936, grâce au talent de Luis Fernandez, peintre et ami de Picasso. La gouache originale fut considérablement agrandie selon la méthode de la mise au carreau dont les traits sont encore visibles, ainsi que le dessin sous-jacent des figures.

La légèreté de la touche restitue parfaitement la monumentalité et la puissance de l’œuvre de Picasso, traitée ici comme un immense pastel bleu d’une grande luminosité. Satisfait de la prouesse de Fernandez, Picasso appose sa touche en guise de signature : il accentue la fermeté du trait par quelques éclats de peinture noire et donne vie aux personnages par l’adjonction de rehauts blancs dans la couronne de fleurs du jeune homme et dans l’habit d’arlequin. La griffe du maître !

L’iconographie du rideau est complexe : elle mêle allusions mythologiques, tauromachiques, personnelles et pourrait transposer au plan mythologique une phase de corrida (le tercio de la pique), où le peintre aspire à triompher du minotaure amoureux qui l’habite. Minotaure mort en habit d’arlequin (Picasso en personne) est soutenu par un géant ailé à tête d’aigle qui évoque la figure d’Horus, dieu solaire égyptien. Un homme puissant et barbu (encore Picasso), affublé d’une peau de cheval, s’avance en menaçant les monstres du poing. Il porte un bel adolescent couronné de fleurs. Bras écarté, il semble arrêter le couple mythique. La scène parait ainsi suspendue dans un paysage désolé de bord de mer.

Le thème n’offre aucun rapport direct avec le drame épique de Romain Rolland, mais il semble opportun de trouver dans l’affrontement des personnages, l’opposition du bien et du mal, la victoire de la jeunesse, de la beauté triomphante sur la mort menaçante, celle de la vérité, du progressisme face à l’obscurantisme, celle de la Paix chassant les monstres de la guerre. L’ampleur du souffle révolutionnaire et pacifiste de la pièce de Rolland trouve son équivalent dans l’impressionnante "minotauromachie" de Picasso qui affirme ainsi une cohérence entre la vie, la peinture, le théâtre et l’Histoire.

Le rideau du 14 juillet condense les recherches stylistiques, iconographiques et formelles de l’artiste : expressivité plastique de la "période bleue", clarté et luminosité du dessin classicisant d’après 1917 et surréalité du thème. Il servit de décor pour de multiples représentations et fut offert par l’artiste à la Ville de Toulouse en 1965.

 

Salvador DALI (1904-1989), "Le Tricorne", 1949

La troupe de danse d’Ana Maria est devenue célèbre en France et en Espagne bien avant la seconde guerre mondiale. Salvador Dali était au courant de ce succès lorsqu’il rencontre en mai 1948 la chorégraphe et qu’il lui propose une collaboration pour reprendre le ballet du Tricorne. Au début de l’année 1949, un contrat est signé à New York entre Dali et la troupe. Il réalise alors les costumes et accessoires sous l’œil vigilant d’Ana Maria.

La première a lieu en avril 1949 au Ziegfield Theater, alors dirigé par le producteur le plus fameux de Broadway, Billy Rose, qui était aussi un ami de l’artiste.

Le Tricorne (El sombrero de tres picos) est une comédie espagnole de Pedro Antonio de Alarcón y Ariza qui traite de poursuite amoureuse et de quiproquos identitaires. Ce court roman, à la grâce frivole et sensuelle, écrit dans une langue aussi souple que spirituelle, rapporte la déconfiture d’un vieux corregidor (un fonctionnaire royal) qui tente de séduire une belle meunière. Cette version quelque peu libertine d’un conte populaire, se déroule au temps de Goya, sous le règne de Charles IV de Bourbon (vers 1805), dans une Espagne qui échappe encore à la transformation de l’Europe par Napoléon.

Une des forces les plus intenses qui a stimulé la créativité de Dali tout au long de sa vie fut très probablement son incroyable, mais inavouée compétition avec Picasso. Preuve en est ici. En effet, c’est Picasso qui avait réalisé les décors et costumes du ballet pour sa création à Londres (au théâtre de l’Alhambra le 22 juillet 1919) par la compagnie des Ballets russes de Serge Diaghilev. Pour Dalí, les choses sont claires : son rideau devait surpasser celui que Picasso avait crée. Quelle émulation !


Le rideau de Dalí présente des réminiscences des paysages catalans qui lui sont chers et où il intègre des éléments surréalistes ; la composition trahit son intérêt pour les perspectives classiques, les proportions et les structures équilibrées (la maison et le chemin, la colline en forme de guitare et la ligne irrégulière des cyprès à l’arrière plan) perturbées bien sûre par le vol des arbres et des sacs. Le peintre explore ici une idée fort subtile : l’évocation d’échanges cosmiques de la terre qui reçoit et donne certains éléments. La lune est apparemment en train d’atterrir, tandis que certains éléments terrestres, l’oranger, les portes et les fenêtres de la maison semblent entrer en lévitation. Des sacs de grains ou de farine sautillent, volent et se déplacent allègrement. Et parmi tout cela, un mystérieux et maigre arbre en fleur émerge du puit.

abattoirs 29

L’ensemble réalisé par Dalí se composait du rideau de scène ici exposé, de plusieurs onglets latéraux et d’une série de sacs de farine faits pour léviter au dessus de la scène.

Le rideau de scène a été réalisé par le E.B. Dunkel Design Studios à New York. Qui avait déjà travaillé pour Dalí.

 

Jim SHAW, "Labyrinth : I dreamed I was taller than Jonathan Borofsky", 2009

Durant l’exposition Barceló avant Barceló, les rideaux de scène des géants espagnols sont montrés côte à côte affrontés à l’installation de Jim Shaw, Labyrinth : I dreamed I was taller than Jonathan Borofsky. Cette œuvre conçue pour le Printemps de Septembre 2009, consiste en une série de dessins et peintures de très grand format qui dialoguent avec les décors monumentaux des deux espagnols.

Tout comme Dali souhaitait se mesurer à Picasso, Jim Shaw semble vouloir "défier" son confrère Jonathan Borofsky (un artiste qui crée des sculptures surdimensionnées et dont le maître avoué est Picasso…), en nommant son oeuvre "J’ai rêvé que j’étais plus grand que Jonathan Borofsky".

L’installation consiste en un assemblage baroque et grandguignolesque de dessins montés sur des châssis en bois et entre lesquels la circulation est possible. On y découvre des copies de sculptures de Borofsky, une créature-aspirateur qui avale les foules, une libre adaptation de la toile "Prémonition de la guerre civile" de Dalí, un clin d’œil à Daumier et sa tête royale en forme de poire, des références au groupe anglais Led Zeppelin ainsi que des petits sacs identiques à ceux que Dalí à peint sur son rideau (sauf que ceux de Shaw sont estampillés du $ américain, peut-être comme une référence au surnom qu’André Breton avait donné à Dalí, "Avida Dollar").

L’art de Jim Shaw est un miroir grossissant tendu à la société américaine dont il croque la culture populaire, les peurs millénaristes et les engouements sectaires dans un grand éclat de rire féroce. Figure aujourd’hui majeure de la scène artistique californienne, dont il a à la fois la fantaisie délirante et le goût du trash, Jim Shaw s’impose comme un grand analyste de la culture populaire U.S. et de ses névroses : dessins de rêves, "dream objects", tableaux de brocante collectionnés à foison, zombies et culte de la religion "O-iste" (qu’il a lui-même crée), c’est un véritable melting-pot de références hétérogènes que Jim Shaw renvoie à la face distordue de l’Amérique.

  abattoirs 31

 

Partager cet article

Repost 0
Published by dilettante - dans Musées & expositions
commenter cet article

commentaires

Présentation

Recherche